Entrevue avec Nikos Aliagas


Texte joint

 

Interview avec N. Aliagas

La rencontre avec la mythologie a commencé dès son enfance. Un monde féerique, mystérieux, intriguant, lié intrinsèquement à la mer, à l’air et à la terre. Ces trois éléments ont grandi dans son âme et avec des matières simples et ordinaires telles que pierres, praires, coquilles, que la Nature – qui sait pour combien de temps, de siècles – a sculptées d’une manière unique, l’artiste Niki PAPATHEOCHARI nous surprend et en même temps nous interpelle. Cette quête est l’émanation, aussi, d’études dans les domaines de l’archéologie grecque et de la littérature comparée à l’université de Sorbonne Paris IV.

 

1.- Niki PAPATHEOCHARI, vos œuvres évoquent une nouvelle expression artistique, pourriez-vous nous parler de cette conception ?

Il est toujours le besoin qui donne l’ordre et qui à un moment donné, n’admet le moindre ajournement. Un besoin qui incubait en moi depuis tant d’années que compte la constatation de vivre en ce monde, en groupe et non pas en solitaire. Je cherchais à iconiser ce monde de ma propre manière.

D’une part, pour amadouer la nature et le temps comme exactement les primitifs formaient dans les grottes des silhouettes mimétiques pour qu’ils soumettent la nature. Il s’agissait, dirions-nous, d’un effort de lutte métaphysique.

D’autre part, pour lever du silence du fond de la mer les voix de mes ancêtres. Je recherchais par une manière propre de libérer, à travers un voyage coloré de dévotion, l’emportement et la douleur qu’enregistrent les faits éternels.

Je tente de m’évader dans un chemin inconnu d’instinct. J’entends avec effroi la voix de mes ancêtres : le refrain de Socrate, «chacun selon ses forces» et celui d’Elytis «chacun selon ses armes». Mes armes gisent dans le fond marin, dis-je. Les voici.

 

2. – Cette découverte du monde… recomposé, et en même temps «invisible» lié au destin de l’homme, émerge, réellement, de la mer. Pourquoi?

La mer est la bouche du mythe. De mes premières lectures d’enfant, je découvre le monde féerique de la mythologie grecque; Les titans et les dieux olympiens, et dans ses entrailles, la terre entière et les issues du hyperréalisme. J’ai été emprisonnée dans leur liberté.

 

3.- Dans vos textes, vous vous référez au «Μinotaure de l’association libre», voudriez-vous nous en parler davantage?

Le «Μinotaure de l’association libre» est une déviation linguistique, identifié au mythe du Minotaure. Il s’agit de la pensée qui passe à travers des couloirs de labyrinthe pour réussir à trouver «le fil mythique de l’issue»: Lorsque l’homme, sous le poids d’un écrasement mental, constate la petitesse, la détérioration et le manque de communication (autour de lui), il recourt, alors, à l’écriture automatique.

On peut citer, ici, la phrase d’Elytis «apportez-moi, dieu, je m’entendrai immédiatement, avec les hommes c’est difficile». Si nous voulons donner l’explication scientifique du terme de «Μinotaure de l’association libre, on dirait que c’est la matière naturelle qui jaillit spontanément du subconscient comme un monologue hermétique et imite le mécanisme de la pensée avant que celle-ci prenne la forme du discours construit.

Prenons, ici, les vers du poète Sinopoulos :

…Que j’achète un miroir… (Il cherche à trouver des issues)

…Que j’achète aussi un ruisseau… (Ιl déploie des pensées décousues)

…Je promets ainsi que…

…Qu’il soit mieux dégrossir des pierres… (On constate l’incohérence du discours et l’abri- refuge- bienfaisant)

Ici, chaque mot déploie un autre sens et ensemble la possibilité de l’issue.

Une méthode semblable d’issue est Nekyomanteia présente dans l’œuvre «l’Épave de la grive».

 

4.- Qu’est-ce c’est que Nekya?

Nekya est une philosophie anthropocentrique que l’humanité a héritée d’Homère…    Homère dans l’Odyssée fait descendre, à des instants d’impasse, Ulysse à Aèdes, pour qu’il trouve l’issue et la sagesse. Cette action est connotativement la plongée de l’homme aux profondeurs inexplorables de son «moi».

 

5.- La plupart des vos œuvres sont liées à des figures féminines tragiques, il y a des raisons spécifiques pour cela?

Βien sûr qu’il y a des raisons. La femme est imprimée dans la mémoire mondiale en tant que présence fondamentale de la société primitive. Sur son rôle s’appuie le fonctionnement des sociétés humaines. Comme pilier de l’institution de la famille et comme symbole de la fertilité, elle est la figure qui fait le mieux passer les messages.

En ce qui concerne «Hélène de Troie», cette variante Homérique de Euripide qui veut qu’Hélène ne soit jamais allée à Troie, ne pourrait être inventée meilleur «casus bellicus».

 

6.- Après les «Bacchanales de la Mer Grecque», quelle suite nous réserve l’artiste Niki? 

Si vous le permettez, je me sens en quelque sorte gênée devant le terme «artiste». En connaissant l’origine du mot, cela m’effraie. Je suis seulement une personne du monde qui va essayer de focaliser «le minimum», le «petit rien» qui est l’âme de l’anatomie de l’objet, pour iconiser un monde dont la vérité serait une image féerique.

 

7.- Je voudrais, enfin, vous demander pourquoi vos œuvres ne sont pas mises en vente?

Puisque les œuvres ont aussi un caractère didactique et puisque bien qu’elles soient distinctes les unes des autres, elles forment cependant un ensemble inséparable et universel. C’est pourquoi, Yannis, Diogenis, Apollon et moi préférons qu’elles soient accueillies dans un espace ouvert à tout le monde et particulièrement aux enfants avec l’espoir que leur imagination découvre un monde sans Lestrygones et Cyclopes que la vie leur prépare. Car, le rêve appartient surtout aux enfants.

 

N.P.